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Un peu d'Histoire

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LE XVe SIECLE


Faycelles était sorti exsangue de la Guerre de Cent Ans. Quand les Anglais prirent le château en 1369, il n'y eut aucun rescapé : tous les habitants étaient fugitifs, tués ou prisonniers. Pendant vingt-cinq ans, le pays resta désert. L'Abbé de Figeac s'en plaint amèrement dans un document de 1394.
En effet, cette année-là, pour repeupler ses terres, par acte notarié il promet à tous ceux qui viendraient s'y installer l'exonération de tout impôt pendant quatre ans. Deux familles, cette année-là, s'y étaient établies : Jean de la Roquette et Gaillard Dominici, un nouveau venu et un ancien.
De toute part, la population afflue, de la montagne surtout, l'homme subissant inéluctablement l'attrait des terres plus chaudes, selon la loi dûment établie par Emmanuel Le Roy Ladurie dans "Les paysans de Languedoc".
Quelques lignes maîtresses se dégagent de la confrontation des documents de ce temps-là. L'ancienneté de certains patronymes qui figurent encore dans les premiers registres paroissiaux conservés de 1675 : Perrié, Henric, Laborie, Austruy, Galieu, Bouyssou, Delbos, Delcamp, Valet, Cavarroc, Delort, Labeyssière, Delsal, Bessière, Jausions, Marquès, Verdier. L'exogamie, importante à Faycelles à toutes les époques, s'affirme déjà : treize cas sur dix-sept mariages. La nécessité de réduire les frais généraux, de réinvestir dans l'exploitation en cette période de dé-frichement favorise la cohabitation des ménages, des générations et durant un temps assez court du moins, le phénomène de l'affrèrement, le même domaine étant cultivé dans l'indivis par plusieurs frères. La multiplication des mariages et des transactions, l'apparition de nouveau lieu-dit, le rétablissement du commerce attesté par la diversité d'origine des étoffes apportées en dot, manifestent une reprise importante de l'activité économique. Surtout l'acensement successif de trois moulins; à Lavernhe, sur le ruisseau de Gaillot, en 1432 ; à Jean Valeta et à Guillaume Perrié sur le Basacle à la Cassagnole en 1465 ; aux frères Cabriers, sur le Lot en 1478, rythme l'accroissement constant de la population à nourrir.
Les ruines de la Guerre de Cent Ans sont relevées, les remparts sont reconstruits : ainsi, le 17 janvier 1463, l'Abbé acense un patus pour bâtir une maison dans les appartenances du château, près de la "muretta nova" dudit castrum. Les maisons ruinées sont reconstruites en utilisant comme matériaux de réemploi les pierres des anciennes demeures incendiées par les Anglais et les routiers. Ce qui explique que nombre d'habitations actuelles portent encore la marque visible du feu, dans les caves surtout. De cette époque aussi datent sans doute les nombreuses cheminées qui ornent certaines vieilles bâtisses.
Les tenanciers de l'Abbé sont tenus d'assurer à tour de rôle la garde du château. L'activité professionnelle reprend peu à peu son visage divers. Certes, elle reste essentiellement agricole, conformément à la vocation du pays. Mais elle exige le concours de nombreux corps de métiers qui réapparaissent les uns après les autres : le meunier, ainsi qu'il vient d'être dit, le charpentier (1456), le charron (1451), le forgeron (fabre), le cordonnier (semellator ou sutor), un chaussetier et un payrolier (chaudronnier) en 1476. L'indispensable notaire enfin, dont on médit souvent pour son âpreté au gain, mais qui est le meilleur auxiliaire de l'historien pour ces époques reculées, car il est, par fonction, "conservateur" du passé.

STRUCTURES RELIGIEUSES

Le premier indice du christianisme à Faycelles est une croix de pierre grossière, décrite plus haut, découverte dans une tombe d'enfant de la nécropole barbare des "Sarrasins", au-dessus de la tête du mort, datant du Ive - Ve siècles. Il est impossible de dire par qui, comment et quand l'Evangile fut apporté dans notre localité. Peut-être les propriétaires citadins, déjà convertis, refluant vers leurs domaines ruraux sous la poussée des Barbares installés dans les villes, selon la thèse la plus communément reçue de nos jours. La Charte de Fondation de l'abbaye de Figeac, qui remonte au XIe siècle, aux dires des experts, mentionne l'église de Rigant comme une-dépendance du monastère. Un texte de 1625 la désigne comme rattachée à la manse abbatiale. Le Pouillé de Louis Greil, qui date des environs de l'an 1450, la déclare "ad praesentationem abbatis".
De tous ces textes, il ressort que cette paroisse était un prieuré régulier dont le titulaire était l'Abbé de Figeac. Celui-ci exerçait son ministère par l'intermédiaire d'un "vicaire perpétuel". Ce vicaire était prêtre, moine ou séculier, choisi par l'Abbé, possédant les qualifications requises, auquel l'Evêque de Cahors conférait la juridiction, après simple vérification de son identité. Il résidait à Faycelles et recevait la portion congrue. Ce salaire correspondait, en 1630, au tiers de la dîme. Il semble qu'il participait dans la même proportion à l'entretien du lieu du culte. Souvent, il s'adjoignait à son tour un collaborateur pour le service de la paroisse. Le fait paraît plus fréquent après la Guerre de Cent Ans. Cette situation canonique était, il faut l'avouer, assez ambigüe. D'une part, elle plaçait la paroisse sous la dépendance de l'Abbé et lui reconnaissait les droits de présentation au vicaire perpétuel. D'autre part, l'Ordinaire jouissait des droits de juridiction et conférait les pouvoirs au candidat qui devait exercer, au nom de l'Abbé, les fonctions de curé. Il était inévitable que des conflits surgissent entre les deux autorités co-responsables. C'est ce qui arriva notamment en 1257, 1274 et 1299. La première église fut construite à Rigant, sur un temple romain dédié peut-être à Mercure. Cet emplacement semble avoir été choisi pour une triple raison : le souci de substituer un sanctuaire chrétien à un lieu de culte païen le respect des prescriptions de l'Eglise concernant l'ensevelissement des morts à proximité de la chapelle ; enfin la facilité d'accès pour les hameaux dispersés dont elle était le centre religieux et dont ce point est le centre géographique. Désaffectée au début du XVIIIe siècle après la construction d'une seconde église dans le jardin de l'ancien presbytère, au milieu du bourg, elle fut vendue, au moment de la Révolution Française, comme bien national. Des ruines importantes subsistent, notamment une chapelle latérale dont la voûte s'est effondrée.

La physionomie de cette église nous est suggérée par un devis de réparation conservé aux Archives du Lot. A la lumière de ce texte, et en le complétant par quelques éléments empruntés à d'autres documents, nous pouvons très bien reconstituer cet édifice. Il comporte un clocher recouvert de "lauses", dans lequel il n'y a semble-t-il, qu'une seule cloche. Le portail situé sur la face ouest est orné d'un cocar. A l'intérieur, où l'on accède par quelques marches descendantes, existe une tribune dont l'habillage (ou retribune) est destiné à masquer l'escalier qui passe par derrière et permet d'accéder au clocher. Le sol est constitué par un p:anz.ner. Les murs, sur leur face interne; sont blanchis à la chaux. De part et d'autre du choeur, à la hauteur du transept, deux chapelles : celle de Saint Georges, à droite, en entrant, dont les ruines sont encore debout et qui abrite le caveau de la famille Denoits-Lafon ; à gauche, celle de Saint Michel dont l'existence et le nom sont attestés par le testament du Sieur Savary de la Saigne. C'est dans cette chapelle que l’on conservait le Saint-Sacrement. L'ensemble de l'édifice, de style nettement roman, est orienté Est-Ouest.
La croix de pierre, située à l'entrée du cimetière, semble porter la date : 1160. Une telle lecture, difficile en raison de l'érosion, est plausible. En effet, selon Debons, ce fut Gerber, moine d'Aurillac, futur pape sous le nom de Sylvestre II, qui, déjà inventeur de l'horloge à balancier, introduisit en France le chiffre arabe. Or il mourut en 1003. La datation correspondrait en gros à l'époque à laquelle on fait communément remonter la Charte de Fondation de l'abbaye de Figeac dans laquelle est mentionnée pour la première fois Notre Dame de Rigant comme dépendance de ce monastère bénédictin.
D'autres lieux de culte existent dans la paroisse ; au Mas de Noyer, qui est un centre de dévotion mariale depuis le début du XVe siècle, selon la tradition ; à La Cassagnole, siège d'un prieuré dépendant de l'abbaye de Figeac. Ce prieuré est mentionné pour la première fois dans le testament d'un habitant de Capdenac en 1278. Le titulaire de l'église était Saint Blaise. Il reçut, en 1286, la visite de l'archevêque de Bourges qui y conféra le sacrement de confirmation. Il fut, en 1314, le théâtre de graves désordres qui entraînèrent une visite canonique de l'Abbé de Cluny dont relevait l'abbaye de Figeac. Peut-être faut-il rattacher à cet épisode l'existence à Montsalvy (Cantal) attestée par Abel Beaufrère, dans son livre sur cette localité, d'une chapelle dite "du Reclus", en souvenir, selon la tradition, d'un Religieux de Faycelles, convaincu de sortilèges ou d'insoumission, qui aurait expié en cet endroit les égarements de sa conduite. Quoi qu'il en soit, le prieuré de La Cassagnole eut beaucoup à souffrir des ravages de la Guerre de Cent Ans. Il disparut sans doute au moment de la sécularisation de l'abbaye et le hameau fut rattaché paroissialement à Faycelles. Ses ruines furent vendues, comme bien national, le 2 Thermidor de l'An II, à Maître Paul Theillard, notaire public du lieu.
Enfin, le village de La Madeleine, actuellement dépendant de la commune de Faycelles, constituait alors une paroisse indépendante, desservie par les moines du prieuré de La Cassagnole. La dénomination primitive de cette paroisse était jadis Saint-Perdoux-d'Escadasse. Elle était située sur un lieu de passage du Lot, comme un relais sur une vieille route de Saint-Jacques-de-Compostelle que les pèlerins empruntaient pour se rendre par le Puy, Conques, Montredon, Figeac, L'Hospitalet et Moissac/ vers le grand sanctuaire espagnol du Moyen Age. Notamment le tronçon Saint Jean de Mirabel - Les Couquets - L'Aiguille - La Cassagnole, qui suit la crête entre les deux vallées du Lot et du Célé, est typique du tracé habituel de ces anciennes Voies.

L'ALIENATION DE LA SEIGNEURIE AU XVIe SIECLE

La décadence de l'abbaye de Figeac au XVIe siècle et la sécularisation en fut la conséquence, en 1536, expliquent l'aliénation de la seigneurie de Faycelles en 1579.
Melchior de Lévis, fils aîné du comte de Caylus, avait été nommé par Charles IX pour succéder au cardinal d'Armagnac démissionnaire, à la tête de l'abbaye, comme Abbé séculier. C'est à la fin de son abbatiat que Faycelles fut vendu à Suzanne d'Estissac, qui avait épousé en secondes noces le comte de Caylus, Antoine
Lévis. Les liens de famille, on le devine, durent jouer un rôle important dans cette transaction à laquelle, par ailleurs, était acculée une abbaye qui payait alors un lourd tribut aux Guerres de Religion.
Madame de Caylus donc, de son nom de jeune fille Suzanne d'Estissac, avait -1-7:s.usé en premières noces, le 2 décembre 1565, Jacques de Balaguier, baron de Montsalès, surnommé "Le Brave", à cause de ses brillants services durant les luttes religieuses. Il fut tué le 13 mars 1569, à la bataille de Jarnac, gagnée par les catholiques sous les ordres du duc d’Anjou. De cette union était née une fille : Marguerite de Balaguier.
La veuve du baron de Montsalès se remaria le 16 août 1572, avec Antoine Lévis, baron, puis comte de Caylus, sénéchal et gouverneur du Rouergue. De ce mariage, elle n'eut qu'un fils : Jacques de Lévis, mort à douze ans, quatre mois seulement après son père. Marguerite de Balaguier, de ce fait seule héritière, épousa à l'âge de onze ans, par contrat passé au château de Montsalès le 16 novembre 1579, un des plus grands seigneurs du Quercy, Bertrand d'Hébrard, baron de Saint-Sulpice. Elle apportait en dot, dans sa corbeille de mariage, la seigneurie de Faycelles que sa mère, Suzanne d'Estissac, venait d'acheter pour elle à l'abbaye de Figeac. Ce rattachement à la maison des Hébrard de Saint-Sulpice est d'une importance capitale pour l'histoire de notre village durant les Guerres de Religion. Car c'est à l'efficace protection de cette puissante maison que le fort de Faycelles doit d'avoir résisté jusqu'au bout aux assauts réitérés des Protestants. Elle mit son point d'honneur à en faire un bastion inexpugnable, comme en témoigne une correspondance à ce sujet entre Madame de Caylus et sa fille. En effet, la famille des Hébrard régnait sur la vallée du Célé depuis le XIIIe siècle au moins. Elle était alliée aux plus illustres noms de la région : les Cardaillac, Les Gourdon, Les Vaillac, les Lauzières-Thémines, les Genouillac, les Estaing et les Arpajon. Elle avait fourni jadis de grands personnages de dimension nationale et n'avait rien perdu de son antique vigueur. Ainsi, le père de Bertrand, marié à Claude de Gontaud-Biron, était ambassadeur en Espagne en 1565, sous Philippe II. C'était un diplomate de grande classe. Il fut par la suite nommé gouverneur et surintendant du duc d'Alençon. Il pacifia le Poitou et la Saintonge en 1574 et fit appliquer, en 1579, les accords de Nérac. Mort à 62 ans, en 1581, il laissa le souvenir d'un pacificateur et d'un homme de bien, également estimé des Protestants et des Catholiques, comme on le voit dans une lettre écrite par de Mausse, le capitaine huguenot de Figeac, à Ma-dame de Saint-Sulpice.
La soeur de Bertrand, Catherine, épousa, en 1587, Pons de Thémines, seigneur de Lauzières, futur maréchal de France, celui-là même qui vint en personne à Faycelles en 1583 pour organiser la place et "conforter les bons catholiques". Plus tard, vers la fin du conflit, il y retourna pour désarmer les ligueurs, défenseurs opiniâtres de la citadelle, les persuadant de rentrer dans l'obéissance du roi. Enfin, le frère de Bertrand, après avoir été Abbé de la Belle-Perche, fut nommé évêque de Cahors en 1576. C'est lui qui, le 3 octobre 1589, avertit l'Abbé de Marcilhac que "quelque chose de sinistre" se préparait sur Faycelles, ce qui fit que Mr. de Thémines, ayant ouï cette nouvelle, partit aussitôt vers ces quartiers. En 1585, il siégea au Conseil d'Etat qui le chargea de maintenir le Quercy sous l'autorité du roi. Malheureusement, Bertrand périt à la bataille de Courtrai en 1587. Sa veuve, Marguerite, se remaria d'abord en août 1589 avec Blaise de Montluc qui était sénéchal d'Agenais ; puis, en troisièmes noces - il est vrai qu'elle avait commencé jeune, s'étant mariée pour la première fois à onze ans - avec Bertrand de Vignoles dit "La Hire". De son premier mariage avec Bertrand de Saint-Sulpice, était née notamment une fille : Claude d'Hébrard qui épousa, le 2 septembre 1604, Emmanuel de Crussol. C'est ainsi que, par voie d'héritage, Faycelles passa sous la tutelle de cette maison célèbre dont un rameau était implanté au château de Montsalès. Cette union fut stérile. A la mort de sa femme, Emmanuel de Crussol épousa en secondes noces Marguerite de Chasseron dont il eut six enfants. L'un d'eux, Alexandre Galliot, épousa Rose des Cars de Montai et de la Roquebrou.
C'est leur fils, Emmanuel de Crussol d'Uzès qui, en 1705, en exécution d'un édit royal, opéra la rétrocession de la seigneurie de Faycelles, qui fit alors retour à l'abbaye de Figeac, après une éclipse de plus d'un siècle.


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